Présentation
OZ commence dans un grand magasin. Over the rainbow, une des célèbres chansons du film de 1939, n’y est guère plus que la bande-son de l’univers glacé et acidulé de la consommation. Cette musique, devenue « d’ambiance », en vue de détendre l’atmosphère et d’inciter le·la consommateur·ice à acheter, est encore interrompue par la voix tonitruante au haut-parleur débitant des sollicitations insistantes au plaisir immédiat, inédit et immanquable (maintenant ou jamais !)
Mais la vie c’est aussi manquer. Vivre c’est faire l’inévitable épreuve du manque. Des choses. Des êtres. De ceux et celles qui devraient être là pour nous enfants. Les adultes. Nos parents. Vide que rien ne compense. La dépense moins que rien. Et c’est cela dont il est question dans cette adaptation d’OZ. Se rendre compte que l’absence d’êtres aussi chers que ses parents ne saurait être comblée par la profusion des choses, quand bien même celles-ci seraient hors de prix ; qu’avoir ne saurait se substituer à être ni à avoir à être ni nous permettre de faire l’économie du lien, quel qu’il soit, avec les autres.
Le remède ostentatoirement express et direct face à l’abandon – l’acquisition des chaussures d’argent – ne sert de rien. Ce n’est ici qu’au bout du chemin que les chaussures pourront servir. C’est là, qu’enfin, il sera utile de taper des talons. Ce qui compte ce ne sont donc pas les souliers, c’est le chemin. L’obsession à posséder des ressources n’empêche pas qu’à un moment il faille bien se mettre à marcher. On serait bien plutôt empêché par cette obsession.
Mais avant de parvenir à cette conscience, il faut s’évanouir un peu. S’évanouir au monde pour mieux y comprendre sa présence. Décrocher pour mieux pouvoir s’y ancrer.
Il arrive que l’on ne souhaite plus communiquer, ni se projeter dans le temps, ni même participer au présent ; (…) que l’on préfère voir le monde d’une autre rive : c’est la blancheur. (…) C’est cet état particulier hors des mouvements du lien social où l’on disparaît un temps et dont, paradoxalement, on a besoin pour continuer à vivre (Disparaître de soi, David Le Breton)
Cette absence momentanée au monde, cette blancheur, Dorothy en a besoin. Et c’est cela qui la fait arriver dans le monde ici coloré mais monochromatique (jaune Brique, vert Émeraude, rouge voyage, Bleu Nord) du pays d’Oz. Autrement dit la scène théâtrale. Car si OZ s’ouvre et se ferme sur une séquence filmée dans un grand magasin, entre les deux séquences le temps est la scène, le temps est théâtre.